À moins de cent cinquante jours du coup d’envoi de la Coupe du Monde 2026, l’horizon du football mondial s’obscurcit. Ce qui devait être la célébration du « United 2026 », entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, vire au bras de fer diplomatique sans précédent. En cause : l’ombre de Donald Trump, dont les velléités d’annexion du Groenland et la politique de coercition douanière transforment les pelouses américaines en un terrain miné. Entre l’éthique et le terrain, la France a tranché, mais son équilibre est précaire.
La France choisit le terrain : « Dissocier le sport du politique »
C’est dans le cadre solennel de ses vœux au monde sportif, ce mardi 20 janvier, que la ministre des Sports, Marina Ferrari, a tenté d’éteindre l’incendie. Face aux appels croissants au boycott, la position de l’Hôtel de Matignon reste celle de la continuité. « Il n’y a pas de volonté de boycott du côté de notre ministère », a-t-elle martelé, invoquant l’importance du Mondial pour les « amoureux du sport ».
Pourtant, cette neutralité affichée peine à masquer une fracture profonde au sein de la classe politique française. Le député Éric Coquerel a ouvertement interpellé la FIFA, dressant un réquisitoire implacable contre l’administration américaine : menaces sur l’intégrité du Groenland, érosion du droit international et restrictions annoncées sur les signes LGBT dans les stades. Pour une partie de l’opposition, fouler le sol américain en juin prochain reviendrait à cautionner une dérive autocratique.
L’Europe en ordre dispersé : Le spectre d’un retrait allemand
Si Paris joue la carte de l’apaisement, Berlin laisse planer un doute lourd de conséquences. La secrétaire d’État aux Sports, Christiane Schenderlein, a renvoyé la décision finale à la Fédération allemande (DFB). En Allemagne, où la sensibilité aux droits de l’homme est un pilier de la diplomatie sportive, l’idée d’un retrait des quadruples champions du monde n’est plus un tabou.
Un boycott allemand provoquerait un effet de domino dévastateur pour la FIFA. Les statistiques de l’organisation montrent que l’Europe génère plus de 45 % des revenus de droits télévisés d’un Mondial. L’absence conjuguée de plusieurs nations majeures de l’UEFA mettrait en péril un édifice financier estimé à plus de 11 milliards de dollars de recettes globales.
Le Groenland, le « Grain de Sable » Géopolitique
Le point de rupture ne se situe pas seulement sur les valeurs, mais sur la souveraineté. La menace de taxes douanières accrues brandie par la Maison Blanche contre les pays s’opposant à ses ambitions arctiques a transformé le sport en monnaie d’échange.
« Nous sommes face à une configuration inédite où le pays hôte menace directement l’économie de ses invités avant même le coup d’envoi », analyse un chercheur de l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques).
Pour des figures historiques du football comme Claude Le Roy, le mal est déjà fait. En dénonçant un président qui « abîme l’Afrique » et le droit international, l’ancien sélectionneur souligne que le malaise dépasse les frontières de l’Europe.
Les Statistiques d’un Mondial de toutes les tensions
| Enjeu | Chiffre Clé | Risque Identifié |
| Sécurité | 15 pays visés par des restrictions d’accès | Exclusion de fait de certains supporters |
| Économie | 93 milliards d’€ de taxes menacées | Représailles commerciales de l’UE |
| Éthique | 72 % des Français opposés au boycott (sondage janv. 2026) | Contradiction avec les appels politiques |
Conclusion : Un 11 juin sous haute surveillance
Le coup d’envoi au stade Azteca le 11 juin prochain se fera-t-il dans une ambiance de concorde ou de division ? La France, par la voix de Marina Ferrari, refuse pour l’heure de priver les Bleus de leur quête d’une troisième étoile. Cependant, l’histoire nous enseigne que les boycotts sportifs — de Moscou 1980 à Los Angeles 1984, sont des armes à double tranchant qui punissent souvent les athlètes plus que les dirigeants.
Dans les couloirs de Clairefontaine, l’heure est encore à la préparation athlétique. Mais pour Didier Deschamps et ses hommes, le voyage vers l’Amérique du Nord s’annonce comme la traversée la plus houleuse de l’histoire du football moderne.










