Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, est sorti de son silence ce lundi dans un contexte de tensions internes croissantes. Alors que l’Iran connaît une nouvelle vague de manifestations, la plus importante depuis 2022, le dirigeant de 86 ans a accusé les États-Unis et Israël d’être à l’origine des troubles, reprenant une rhétorique désormais familière du pouvoir iranien.
Dans un discours retransmis par les médias d’État, Ali Khamenei a affirmé que les protestations relevaient d’une « sédition étrangère », orchestrée par « l’Amérique, le régime sioniste et leurs agents ». Il a également mis en cause des Iraniens vivant à l’étranger, accusés de soutenir les manifestations depuis l’extérieur du pays.
Une contestation persistante et un pouvoir sur la défensive
Ces déclarations interviennent alors que l’Iran est confronté à une mobilisation sociale d’ampleur nationale. Les manifestations, déclenchées par la mort de Mahsa Amini en septembre 2022, ont repris avec une intensité accrue depuis le début de l’année 2026, dans un contexte de dégradation économique et de forte pression internationale.
Selon plusieurs organisations de surveillance du réseau, les autorités ont imposé depuis le 8 janvier une coupure quasi totale d’Internet dans une grande partie du pays. Cette mesure, déjà utilisée lors de précédents épisodes de contestation, vise à limiter la circulation d’images et la coordination des manifestants.
Une crise multidimensionnelle
Au-delà de la question des libertés publiques, les analystes soulignent que la contestation actuelle s’inscrit dans une crise plus large.
Sur le plan économique, l’inflation dépasse les 50 % selon des estimations régionales, tandis que la monnaie nationale a fortement perdu de sa valeur ces dernières semaines. Les pénuries de biens essentiels et la hausse du coût de la vie alimentent un mécontentement qui touche désormais des catégories sociales traditionnellement plus proches du pouvoir.
Sur le plan diplomatique, l’Iran reste fortement isolé. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche s’est accompagné d’un durcissement des sanctions américaines, notamment dans le secteur énergétique. Des sanctions dites « secondaires » visant les exportations pétrolières iraniennes ont été réactivées début janvier, réduisant significativement les revenus de l’État.
Durcissement sécuritaire et inquiétudes internationales
Face à la contestation, le régime a renforcé son arsenal juridique et sécuritaire. Les autorités qualifient de plus en plus les manifestants d’« ennemis de Dieu » (Moharebeh), une accusation passible de la peine de mort selon le droit iranien.
Des ONG de défense des droits humains font état de dizaines de morts et de milliers d’arrestations depuis le début des troubles. Selon Amnesty International, plusieurs centaines de condamnations à mort seraient actuellement en attente d’exécution, notamment dans la prison d’Evin, à Téhéran.
Ces informations restent difficiles à vérifier de manière indépendante en raison des restrictions imposées aux journalistes et aux organisations internationales.
Une contestation aux bases élargies
Autre élément notable : l’élargissement sociologique du mouvement. Aux étudiants et militants des droits des femmes se sont ajoutés des commerçants, notamment dans le Grand Bazar de Téhéran, historiquement considéré comme un soutien du régime. Cette convergence inquiète les autorités, qui y voient un risque de paralysie économique.
Les slogans entendus lors des rassemblements visent désormais directement les plus hautes autorités du pays, un phénomène relativement inédit depuis la fondation de la République islamique en 1979.
Un rapport de force incertain
Sur le plan régional, les tensions restent élevées. Les exercices militaires conjoints menés par les États-Unis et Israël ces dernières semaines, simulant des frappes sur des infrastructures stratégiques iraniennes, renforcent le sentiment d’encerclement du régime.
Pour l’heure, le pouvoir iranien privilégie une stratégie de fermeté, combinant répression sécuritaire, contrôle de l’information et dénonciation de complots étrangers. Reste à savoir si cette approche suffira à contenir une contestation dont les causes apparaissent de plus en plus structurelles.










