Dans l’écrin de cristal du Forum Économique Mondial de Davos, l’air s’est subitement raréfié ce mercredi. Sous les lustres du centre des congrès, où se côtoie le gotha de la finance et de la diplomatie mondiale, Donald Trump a de nouveau jeté un pavé dans la mare glacée de la géopolitique. Le sujet, devenu une obsession de son second mandat, n’est autre que le Groenland. Avec un mélange de déni et d’assurance martiale, le 47e président des États-Unis a affirmé ne pas avoir « envie d’utiliser la force » pour acquérir ce territoire autonome danois, tout en prévenant qu’en cas de recours aux armes, l’armée américaine serait « inarrêtable ».
La Diplomatie du Bulldozer
Derrière cette rhétorique se cache une stratégie de pression maximale. En déclarant que « tout ce que demandent les États-Unis, c’est un endroit appelé Groenland », Donald Trump transforme une île de 2,1 millions de kilomètres carrés en un simple actif immobilier sur l’échiquier mondial.
Le choix de Davos n’est pas fortuit. Devant un auditoire composé de banquiers et de chefs d’État, le président américain lie la sécurité nationale à une forme de prédation territoriale. Selon les analystes présents sur place, ce discours vise à isoler le Danemark et à forcer l’Union européenne — qui prépare déjà une riposte commerciale estimée à 93 milliards d’euros à négocier sur les droits d’exploitation des ressources.
L’Arctique : Le Nouveau « Far West » des Terres Rares
Pourquoi une telle insistance sur un territoire recouvert à 80 % de glace ? La réponse tient en deux chiffres et une réalité géologique :
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23 sur 34 : C’est le nombre de minéraux critiques (terres rares, néodyme, praséodyme) identifiés par la Commission européenne que recèle le sous-sol groenlandais. Ces métaux sont les composants vitaux des batteries de demain et des technologies de défense.
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139 000 soldats : C’est le contingent cumulé des forces de l’OTAN (hors États-Unis) présentes dans la région Nordique, montrant que les alliés de Washington, de la Norvège à l’Estonie, se préparent à sanctuariser l’Arctique face à toute velléité d’annexion.
Analyse : Un Bluff ou une Menace Existantielle ?
L’emploi du terme « inarrêtables » marque un tournant. Si Donald Trump exclut formellement l’usage de la force « pour l’instant », l’évocation même de la puissance militaire américaine à la tribune de Davos agit comme un rappel brutal de la loi du plus fort.
« Ce n’est plus une simple lubie immobilière, c’est une doctrine de sécurité arctique agressive », analyse un expert en relations internationales de l’Institut Jacques Delors.
En affirmant que « seuls les États-Unis peuvent garantir la sécurité du Groenland », Washington tente d’imposer un protectorat de fait, arguant de la menace russe et chinoise dans le Grand Nord. Mais cette méthode du « fait accompli » se heurte à une résistance européenne inédite. Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen ont déjà brandi l’activation de l’instrument anti-coercition, promettant des droits de douane de rétorsion massifs si l’intégrité du royaume danois venait à être compromise.
L’Impasse du 1er Mars
Alors que les marchés mondiaux scrutent chaque mot, une date plane désormais sur les relations transatlantiques : le 1er mars 2026. Si aucun accord de coopération n’est trouvé d’ici là, le dialogue de sourds entre Washington et Copenhague pourrait basculer vers une crise diplomatique sans précédent. Le Groenland, avec ses 56 000 habitants, se retrouve malgré lui au centre d’une tempête où la glace fond moins vite que les conventions internationales.










